"Pour la grande majorité des plaisanciers, le POinte du Raz marque la fin d'une croisière vers l'ouest. Plus avant l'océan ne parait dérouler que son immensité. Et pourtant, à 100 milles exactement au N.N.W. de l'île d'Ouessant, s'étendent des rivages d'une grande beauté, une nouvelle Bretagne plus empreinte encore de caractère avec ses rias profonds où l'on peut naviguer sur des milles entre bois et prairies, des rivages peu élevés, coupés parfois de falaises où se nichent des petites ports de pêche, aux chaumières toutes blanches qui ne semble pas, autour d'une unique cale, avoir changé depuis des lustres. De vrais port-musées.
Une navigation paisible qui le long d'un moutonnement de collines verdoyantes où l'on n'aperçoit bien souvent sur plusieurs milles qu'une ferme isolée, conduit jusqu'à Land's End, qui par sa rigueur, ses rochers déchiquetés, rappelle les confins de notre Bretagne.
Mais là encore, il faut imaginer qu'à peine visibles sur l'horizon, les îles Scilly offrent un dédal de chenaux entre des îles où poussent des palmiers en pleine terre, où les mouillages sur des beaux fonds de sable blanc prennent sous le soleil de midi, des allures de lagons tropicaux. Cet archipel très isolé est le royaume des oiseaux de mer et de petites colonies de phoques qui paressent sur les plus lointains rochers. Bien des plaisanciers français ont succombé aux charmes de ces îles et en font chaque année le but de leur croisière estivale.
Mais on peut faire des Scilly, une étape à mi-parcours d'une merveilleuse croisière, car à nouveau à 140 miles plus au N.N.W., après une seconde traversée qui n'a rien d'éprouvante, s'ouvre la verte Irlande. Un véritable paradis pour la navigation de plaisance. Partout en bord des landes piquetées par les toisons blanches des moutons, au creux de petits escarpements, dans le fond de véritables fjords qui s'enfoncent de plus de 20 milles dans les terres, des centaines de mouillages là où la houle ne peut pénétrer, offrent leur étonnante tranquillité. Certains affirment que l'on peut changer chaque jour de mouillage sans partager cette solitude avec un seul autre bateau en lisière d'arbres centenaires, près d'îlots couverts de rhododendrons géants. Un environnement que seuls les premiers plaisanciers français ont pu connaître. Mais inutile d'en dire plus. Il suffit de feuilleter ce Pilote Côtier pour ressentir un vif attrait pour cette Irlande où l'accueil dans les pubs est toujours chaleureux, où le plaisancier pour un pêcheur est toujours un collègue.
Les côtes sud de l'Irlande ne sont pas plus éloignées que Brest de Dieppe ou d'Arcachon. Alors il est temps pour la prochaine grande croisière, de songer à mettre le cap vers la Cornouailles et l'Irlande. |